« Mon album de réussite » Les origines #1

Je me suis toujours demandé comment laisser le temps d’apprendre aux enfants et surtout comment savoir exactement ce qu’ils réussissaient. Je me suis toujours questionnée sur les notes que je mettais sans objectivité, qui m’étonnaient par rapport à l’image que je m’étais faite de chacun de mes élèves, et je me suis toujours interrogée sur la place du contrôle qui demandait la même chose au même moment à tous mes élèves, en général après une courte séquence d’apprentissage et surtout en fin de période pour remplir les carnets, sachant pertinemment que tous n’allaient pas réussir.
Après plus de 15 ans en cycle 3, j’arrive en maternelle, et je me rends compte en rangeant la classe que j’investis, que les règles sont les mêmes : il y a des cahiers dans lesquels des bilans sont donnés à tous les élèves en même temps, avec des smileys vert, orange ou rouge, afin de remplir les carnets. Ce constat me bouleverse. Je me rends compte que l’entrée à l’école est synonyme de jugement de valeur et que les enfants devenus élèves n’auront de cesse de vouloir plaire à leurs enseignants et à leurs parents. Cela fait écho à ma propre scolarité, à celle de mes enfants qui n’aimaient pas l’école, dont un souffrait même de phobie scolaire.

Le bouleversement de départ se transforme en colère et en révolte. Il faut que cela cesse.

À l’époque, je travaille sur les intelligences multiples. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à prendre une classe de PS. Pour expérimenter cette théorie en maternelle. J’envisage alors de déterminer des échelons pour accompagner chaque élève tout au long de l’année et je me dis que c’est un travail d’équipe. Je propose donc à mes collègues d’y réfléchir ensemble.
– Non. Nous avons nos outils, nos habitudes de travail. Ça fonctionne très bien. Nous n’avons pas que ça à faire. Ça va demander bien trop de temps.
La réponse est claire. Depuis que je suis rentrée dans l’enseignement, c’est ce que j’ai entendu 9 fois sur 10. Si je n’avais pas fait ce qu’il me semblait juste de faire à chaque fois qu’on m’avait répondu non, je n’aurais rien fait. Alors, comme d’habitude, j’ai décidé d’agir seule dans mon coin.

Un travail d’équipe est idéal pour le suivi des élèves mais il n’est pas indispensable s’il n’existe pas. Je préfère travailler seule plutôt que de me laisser mettre des freins.

En expérimentant la théorie des intelligences multiples dans ma classe, je recueille les essais et les productions de mes élèves. Je conçois ainsi, en les observant, des étapes progressives pour atteindre ce qui est demandé en fin d’école maternelle pour la majorité des domaines d’apprentissage.
Je me rends compte que ces étapes ne sont pas parcourues par tous, et pas dans le même ordre. J’inclus donc une barre de téléchargement qui synthétise le nombre d’étapes parcourues. Je les mets en page dans un tableur et je les imprime sur des feuilles de couleur : une couleur = un domaine d’apprentissage.
J’ouvre un cahier à pages blanches que j’appelle le cahier de réussite. Il est organisé en deux parties. En ouverture, toutes les feuilles regroupant les étapes des domaines d’apprentissage. Ensuite, les productions qui montrent les réussites. Je ne veux pas que ce soit rangé par ordre chronologique pour que les étapes soient visibles. Alors, je m’arrange pour que les productions se fassent sur des feuilles de couleurs pour les associer aux étapes correspondant au domaine et je tente de laisser des espaces pour anticiper les productions à venir.